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Chroniques de Zaebas - Le secret de la forteresse
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Après la victoire sur Ronwë dans sa forteresse de Thébaïde, l'émir Nazir ibn Hamid ibn Hajjad savait que ses hommes étaient impatients de connaître les secrets découverts au plus profond du Krak.
De tout son cœur, l'émir souhaitait épargner aux siens ces révélations malsaines.
Mais il avait parfaitement conscience que la convoitise des fruits défendus finirait par les pousser à la rébellion : le chef ne pouvait garder pour lui ce que les troupes avaient conquis par leur courage.
Maintes fois, il avait reporté l'heure de cet horrible partage. Les compagnies sarrasines avaient abandonné la forteresse pour rejoindre le reste de l'armée qui se trouvait en Pélion, aux portes du Royaume de Sapience.
Mais, à présent, on ne pouvait envoyer les combattants livrer une nouvelle bataille sans leur avoir laissé la chance de tirer enseignement de la précédente. Car la Vérité est la cuirasse qui protège les pures.
Il fallait leur dire ce que Ronwë, le blasphémateur, le fou qui s'auto-proclamait archidémon avait dissimulé derrière ses murailles.
Nazir fit réunir tous les artisans de la victoire de Thébaïde. On se trouvait dans le camp érigé par Hassan ibn al Sabbah qui surplombait les terres brûlantes jouxtant le portail de Sapience. En portant le regard vers l'horizon, il était loisible de déceler ici et là, dans les étendues de cendres, les nombreuses escarmouches qui se jouaient entre factions ennemies.
Le Vieux de la montagne ignorait ce que Nazir avait à divulguer. Mais Hassan devinait trop bien la nature du fardeau que l'émir était contraint de porter. Pour une fois, la rivalité spirituelle entre les deux sages n'avait plus cours.
Nazir sentait la présence silencieuse d'Hassan à ses côtés, et il savait que le maître des haschischins approuvait par avance sa décision.
Le regard argenté de l'émir se posa sur l'assemblée et tous s'inclinèrent. Ainsi débuta le discours de Nazir ibn Hamid ibn Hajjad.
« Qu'Allah nous prodigue sa miséricorde. J'ai fait vœu de cécité pour trouver la Lumière que dissimulent les ténèbres. Dans l'antre de Ronwë, j'ai demandé à nos savants d'être mes yeux pour contempler à nouveau la noirceur de ce royaume. Nous avons trouvé des bas reliefs sculptés par les démons, mais aussi une fresque peinte de la main d'un homme ainsi que des textes en sanskrit, autant de manière de raconter une seule histoire. Nous avons découvert tout cela dans un temple bâti en l'honneur d'un hôte du seigneur démon, un vivant. Il semble avoir séjourné dans ces murs très longtemps avant d'être rappelé par les Limbes.
Nous avons pensé qu'il s'agissait d'un moine, un ancêtre. Quel homme a pu être capable de vivre aussi longtemps au contact des démons sans que son corps ne subisse les stigmates de la corruption ? Cette interrogation a effrayé tous les voyageurs qui ont contemplé ce temple avant nous. Les damnés eux-mêmes, jouets de la souffrance à l'âme confuse, n'osent pas lever les yeux en direction de ce sanctuaire hérétique.
Il nous révèle qu'un peuple entier a passé une alliance avec les enfers, non pas un pacte qui aurait corrompu les âmes, mais une union harmonieuse qui défie les fondements de notre foi.
Ce lieu témoigne d'un temps révolu, où les diables sans discipline parcouraient volontiers la vallée des larmes, et les vivants trouvaient des passages vers l'au-delà sans avoir poussé l'étude de l'alchimie à son paroxysme.
C'est l'histoire des lointains royaumes combattants, où les héros parcouraient les soixante douze terres immortelles à la recherche des herbes de longues vies.
Ces endroits sauvages abritaient des portes secrètes vers les enfers.
Ainsi, Zairitsha, un des neuf archidémons, alors dieux du Mal pour les érudits de l'antiquité, entretint très tôt des rapports avec ces voyageurs intrépides.
Il lâchait à leurs trousses ses meutes de diables sauvages qui les pourchassaient jusque dans la vallée des larmes. Et quand il ne parvenait pas à mettre la main sur les fuyards, il convoquait des hordes de revenants pour marcher parmi les hommes et leur signifier son mécontentement.
Mais, des sept royaumes, une seule bannière subsista sous le nom de dynastie Qin.
À sa tête, l'empereur Qin Shi Huang était un être d'une cruauté singulière ce qui suscita la curiosité du démon.
Chacune des lubies du souverain coûtait la vie à des armées d'ouvriers qui ne tardaient guère à se déverser dans les enfers sous forme de légions de damnés.
Zairitsha comprit que l'âge des héros était à jamais perdu, et avec lui, les précieux enseignements que les héros avaient tiré du Tao en défiant la mort elle-même.
Que mes propos ne vous éloignent pas de la Lumière d'Allah. Chassez les questions et les doutes de votre esprit. Comprendre cette culture étrangère, observer son hérésie, ne nous détournera pas des chemins de la foi. Prions car Dieu est grand. »
Hassan apprécia ces sages paroles. Nazir était celui qui avait fait le don de ses yeux aux fidèles, pour les sauver tous. Ils écoutaient ses recommandations avec ferveur.
Après la prière, l'émir poursuivit le récit de ses découvertes.
« Le Tao est une tradition mystique de l'extrême orient. Les champions de l'antiquité apprirent à maîtriser cet art à la perfection, en se confrontant aux hordes de Zairitsha. On les nomma les Immortels.
Mais l'ère des Qin fut leur fin.
L'archidémon en éprouva une étrange sensation de regret. Dans une vision de l'avenir il tira lui aussi enseignement de sa lutte contre les Immortels. Des temps nouveaux approchaient, les véritables dieux du Mal n'étaient pas les Neuf, mais les souverains de la vallée des Larmes. Les enfers finiraient par être dévastés par la folie des vivants.
Zairitsha voulut en référer à ses pairs, il leur parla du Yin et du Yang, préceptes taoïstes.
En réponse, ils le chassèrent des Iris pour lui apprendre à écouter les dogmes des vivants. L'archidémon perdit son domaine qui s'étendait jusqu'aux lointaines terres infernales de Kohut, où il avait pourchassé les héros des royaumes combattants.
Zairitsha se réfugia chez son plus fidèle serviteur, Byleth. Mais celui-ci convoitait sa succession comme les autres et l'enferma dans ses geôles.
Les siècles passèrent et, depuis sa prison, le démon guettait par mille moyens le retour des voyageurs intrépides. Grâce à la complicité des lémures, il pavait d'indices la route depuis Kohut jusqu'au lieu, un des neuf duchés, où il était détenu.
C'est ainsi qu'il suscita la curiosité des vivants qui commencèrent à le célébrer sous le nom de Yanluowang.
Depuis sa prison, le démon n'hésitait pas à concevoir les pires pièges pour juger de la valeur des aventuriers qu'il avait lui-même lancé sur sa piste. Beaucoup périrent ainsi. Mais il semble que cette méthode cruelle permit à une poignée de survivants de parfaire leur maîtrise du Tao. Les élèves spirituels de Yanluowang revenus des enfers sans avoir réussi à cheminer jusqu'au démon, devenaient les maîtres de la génération suivante qui à son tour tentait le voyage.
Dans l'empire du milieu, une dynastie chassait l'autre mais le nom de Yanluowang continuait à se transmettre, comme un ultime défi à relever.
C'est avec l'avènement de la dynastie Sui que des combattants bouddhistes parvinrent jusqu'à Yanluowang et l'aidèrent à renverser Byleth. Le bouddhisme, en effet, était la religion favorisée par les Sui. Il semble que Yanluowang l'adopta pour signifier son alliance au peuple de Qin.
C'est cette effrayante union hérétique, mes fidèles, que vous devez admettre sans qu'elle ne vous détourne du chemin d'Allah. L'essence de ce mariage entre hommes et démons nous est étrangère. Ceux qui s'en revendiqueront sur notre route devront périr.
Yanluowang rebaptisa le fief de Byleth du nom de Diyu. Sa première mesure fut d'organiser une offensive dans son ancien domaine. Celle-ci lui permit de regagner Kohut où il fit sceller les soixante douze passages des terres immortelles. Puis il abandonna définitivement ce cercle à ses rivaux pour se retrancher à Diyu.
De là, il eut l'audace d'utiliser l'alchimie et le Tao pour créer une nouvelle porte vers la vallée des larmes.
Cet acte suscita d'abord l'indignation des huit autres archidémons. Mais après avoir subi quelques défaites, ils comprirent le véritable sens que Yanluowang donnait à Diyu : une vision des enfers parfaitement ordonnée.
Désormais, Yanluowang désignerait chez les vivants, les Immortels aptes à le servir dans son royaume.
Celui-ci se chargerait de la vie après la mort du vaste peuple de Qin.
Ainsi Zairitsha reconquit son titre d'archidémon auprès de ses pairs.»
Achevant son discours, Nazir écouta l'assemblée l'entourant. Pas un murmure ne s'en élevait. Il ne doutait pas que le Vieux de la montagne commanderait l'exécution du premier auditeur dont la foi semblerait avoir été ébranlée par ces révélations.
Mais un silence serein régnait sur les lieux et l'émir fut satisfait. Ses recommandations avaient été suivies. Les braves acceptaient cette vérité sans remettre en doute leur allégeance à Allah.
Il conclut son discours par ces mots :
« Je suis fier d'être votre guide car, je le vois, dans cette nouvelle épreuve de la foi que l'enfer dresse sur notre route vous vous comportez en sages et en croyants. Bien des mystères entourent encore les secrets conservés par Ronwë. Cet hôte que j'ai dit être un moine, en vérité il semble avoir été l'otage du seigneur démon et un alchimiste expérimenté.
Que veut cet étrange peuple qui a passé alliance avec un archidémon ? Cela nous est indifférent. Nous poursuivrons notre unique quête et s'il représente un obstacle, nous l'exterminerons comme nous savons le faire de tous nos autres ennemis.»
Commentaires
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Bienvenue aux Immortels ! Le background s'étoffe aussi bien en quantité quen qualité. ça fait plaisir !
