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Chroniques de Zaebas : L'ange rebelle

texte officiel 16/01/2009 par Philippe Villé


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La compagnie démoniaque s'avançait dans les ruines de l'acropole de Pergame.
Les squamates avaient dressé une embuscade dans l'ancienne forteresse, mais Asaliah n'en attendait pas moins de leur part.

Obsédée par les voix des anciens depuis le commencement de la campagne en Pélion dans les marais de Göt-Whalle, elle avait dirigé une expédition jusqu'à Pergame, au-delà du cercle d'Aussone, dans un but précis.
Les complaintes démentielles qui par vagues s'abattaient sur l'esprit de l'ange avaient fini par prendre sens.

À Pergame, Bran Carnoth dissimulait un vivant sur le concours duquel il semblait compter pour accomplir ses desseins. Mais quels étaient-ils ?
Le seigneur des égarés avait mené la danse jusqu'aux portes du Royaume de Sapience et toutes les factions ennemies s'y trouvaient encore. C'est là que l'ange prit congé des siens, laissant Tsilla et ses humeurs perverses diriger la troupe après la première bataille dans les bibliothèques incandescentes.

Tsilla... À force de la supporter, elle et sa manie de s'infliger les tortures les plus variées, Asaliah commençait à tolérer sa compagnie. Tolérer ? Non le terme n'était pas exact. Elle commençait à apprécier Tsilla, l'ange brisé. Voilà ce qu'il était plus juste de dire.
De la même manière, à force d'entendre les voix des anciens, elle avait fini par les comprendre. Sa compassion envers les créatures du Très Bas lui paraissait de plus en plus évidente. Voilà qui était grave.
Asaliah craignait de corrompre son essence angélique. Mais marchait-elle encore dans la grâce du Divin ?

« Mon intransigeance est ma pureté » se rappela-t-elle en apercevant un cracheur squamate de la compagnie adverse tapi dans l'ombre des colonnes de pierre.
D'un geste évasif elle lança son lémure au contact de la créature, ce qui décida les squamates à donner l'assaut. Mais il était trop tôt pour agir, car les damnés de la colère se tenaient encore à bonne distance. Les égarés compromirent leur attaque en s'empêtrant dans un corps à corps hypnotique avec les damnés de la paresse qu'Asaliah préservait de son aura brillante.
L'ange musela définitivement l'offensive ennemie en prenant possession du cracheur par l'entremise de son lémure. L'issue du combat était jouée déjà, même si les guerriers de Bran étaient prêts à lutter jusqu'à l'anéantissement.


Asaliah continua son chemin dans les dédales de Pergame, laissant ses écorchés fanatiques achever la besogne.
Pour parvenir jusqu'à l'acropole, elle avait arpenté les cercles extérieurs qui sont encore inconnus des vivants, ceux qu'ils disent être « au-delà d'Aussone », et pourtant bien plus proches de Kohut que l'endroit où ils prétendent tous se rendre depuis Pélion.

Asaliah avait emprunté plusieurs portes des limbes et recruté en route les membres de sa compagnie. Elle avait agi avec la plus grande diligence d'un bout à l'autre de cette expédition. Voilà qu'à présent elle pouvait contempler sa victoire, épiant l'homme qu'elle était venue chercher.

Il agissait confusément, courant d'une niche ornementale à l'autre à l'affut de la meilleure cachette où dissimuler son manuscrit. Nul doute que la rumeur du carnage parvenait jusqu'à ses oreilles et qu'elle provoquait son affolement.

Mais était-ce aussi simple ? Les squamates avaient aperçu de loin la compagnie démoniaque approcher de leur refuge. Ils n'avaient guère été pris par surprise. Si le livre que leur hôte tentait de cacher était si précieux, pourquoi attendre qu'il soit trop tard pour prendre les précautions les plus évidentes ?

Asaliah lévita jusqu'au savant et lui arracha le manuscrit des mains avant de le pousser violemment en arrière.

- Je me nomme Henri Latour et je suis sous la protection de Bran Carnoth, protesta-t-il.
- Je sais, répondit-elle, démonologue reconnu par le Louvre.
- Vous connaissez... balbutia-t-il en écarquillant les yeux.
- Bien des choses vous concernant, dit-elle. Des choses que le cardinal de Richelieu n'apprécierait certainement pas, au demeurant.

Asaliah, d'un geste, indiqua au démonologue de se taire. Puis elle s'approcha de l'âtre du campement de fortune d'Henri Latour.
Carnoth ne pouvait pas prévoir que les âmes anciennes de la vallée des ombres révéleraient à Asaliah que l'égaré comptait s'y rendre, ni qu'elles lui dévoileraient où il avait fait garder Latour.
Cependant, toute cette mise en scène dans l'acropole avait des allures de piège à appât. Se pouvait-il que le seigneur des égarés utilise ce vivant comme un pion ? Cela ne semblait pourtant pas être son style.
Et si tout cela n'était qu'une ruse, comment Asaliah était-elle censée réagir en mordant à l'hameçon ?
Plongeant son regard dans l'âtre, elle sourit avant d'arracher une page et de l'y jeter.

- Je proteste ! C'est une traduction unique des tablettes d'Aethalidès, s'écria Latour.
- Inutile de m'avouer cela puisque je le sais aussi, répondit Asaliah.

La grâce souveraine de l'ange fit taire le démonologue. Il la regarda brûler page après page, comme autant de coups de dague lui perçant le cœur.
D'évidence, le vivant ne s'attendait pas à ce que le fruit de son labeur puisse être détruit si subitement. Car voir sa traduction partir en cendres l'affecta profondément.

Ainsi figé dans la stupeur, Latour ne devait en sortir qu'en apercevant les contreforts obscènes des Neuf Iris. La seule vue de la cité aurait suffi à emporter la raison de bien des vivants. Mais le démonologue, lui, fut au contraire saisi d'un éclair de lucidité lorsqu'un lourd pont-levis s'abaissa pour laisser l'ange et sa compagnie traverser les douves de feu.

- C'est ici que vous comptez m'enfermer ? Demanda-t-il, halluciné.
- Vous avez su conserver un silence studieux durant tout le voyage, ne rompez pas bêtement le charme de votre composition, répondit Asaliah, indifférente.

Prenant congé de la troupe sans égard pour les protestations désespérées du vivant, l'ange se rendit aux appartements de Samaël.
Celui-ci fut troublé dans ses méditations par la clameur des hérauts célébrant la vierge ailée sur son passage. Il soupira en s'inclinant de façon ironique au moment précis où Asaliah faisait irruption dans son antre.

- J'ai trouvé le rituel d'ouverture du portail des anciens, Samaël, et je l'ai brûlé.
- Tu l'as... commença-t-il en contenant une sourde colère, brûlé ? J'ignorais même qu'il existait et que tu étais à sa recherche. Toutefois, depuis ton départ, j'ai arraché ici et là quelques secrets à quelques vivants. Il m'a semblé comprendre que cette étrange bête de somme qu'on nomme Carnoth était liée à tout cela. Et voilà que tu introduis ton discours en m'annonçant la pire des nouvelles.
- Crois-tu que j'aie mal agi ? Demanda-t-elle. Il est vrai que les circonstances entourant sa découverte m'ont paru étranges. Les égarés n'ont pas fait beaucoup de mystères avant de me céder le manuscrit relatant le rituel...

À ces mots, la colère de Samaël s'éteignit subitement pour laisser place à un ricanement mortuaire.

- Tu n'as aucun talent pour la comédie, Épée des Iris, et tu me caches quelque chose, affirma-t-il.

Asaliah se dit que son intuition était fondée. Brûler la traduction de Latour, n'était pas la façon adéquate de se débarrasser de l'unique témoignage connu permettant de manipuler les portails.
C'est ce que semblaient indiquer les propos de Samaël, et pour avoir longtemps parcouru les enfers, il était spécialiste de ce genre de questions.

Tandis que les deux anges se dévisageaient en silence, Asaliah la vierge ailée continuait pour elle-même la réflexion.
Bran Carnoth n'avait pu deviner que les esprits de la Vallée des ombres trahiraient ses desseins. Il n'avait donc pas pu préméditer la capture de Latour par les enfers.
Cependant, il avait orchestré la débâcle de Pergame, invitant Asaliah à trouver et détruire le manuscrit, plutôt que d'ordonner aux squamates de s'enfuir avant l'arrivée des démons.

- Le seigneur des égarés est un stratège expérimenté, n'est-ce pas Samaël ?
- C'est ce qu'on dit de lui, en effet, concéda l'ange combattant.
- Il ne laisse rien au hasard dans ses plans, s'enquiert du moindre détail qu'il règle minutieusement avant la bataille...
- Oui, tout cela est vrai, s'impatienta Samaël. Mais ce qui fait l'apanage d'un chef de guerre, c'est de ne jamais considérer que la manœuvre qui a permis de remporter une victoire permettra de remporter la suivante. Le génie consiste à savoir...
- ... adapter sa stratégie constamment selon les conditions dictées par le terrain, le coupa Asaliah.
- C'est cela, en effet. Tout le contraire de ta façon d'agir, suivant des préceptes rigides qui ne souffrent aucune exception.
- Mon intransigeance est ma pureté, murmura l'ange rebelle.
- Voilà ce qui chez toi me désespère, soupira Samaël.

Aux yeux d'Asaliah, faire fi de ses principes, ériger la ruse en dogme, était synonyme de compromission. Devenir comme Samaël et Carnoth, c'était corrompre sa nature d'ange. Et pourtant...

- Pourtant, fit-elle, j'ai brûlé le manuscrit en ayant pleinement conscience que c'était ce que Bran attendait de moi. J'ai agi par ruse. Ainsi, je lui ai laissé croire que nous étions ignorants de ses stratagèmes et qu'il pouvait continuer à en user contre nous, endormant ainsi sa méfiance.
- Explique-moi ce que tu prétends avoir gagné dans l'échange, ironisa Samaël.
- De précieux renseignements sur la façon dont il bougera son prochain pion. Il n'avait pas imaginé par avance que nous découvririons l'existence de Latour et de sa traduction. Mais dès qu'il a appris que j'étais en route pour Pergame, il a modifié ses plans et trouvé une issue. En m'abandonnant le manuscrit, il pariait sur le fait que je le détruirais, ce que tu sembles tenir pour être une erreur magistrale. Mais en agissant ainsi, je l'ai conforté dans son idée, j'ai flatté son intelligence. Il croit pouvoir prédire nos actes à venir, laissons-le se persuader de cela.

Le visage de Samaël rayonnait. Enfin Asaliah, « bras vengeur de Lucifer, fléau des croyants » se mettait à réfléchir plutôt que de récurer dévotement l'arrière-train du Très Haut.

- Donnons-lui le sentiment qu'il mène toujours la danse, poursuivit-elle, et il nous dévoilera son jeu, en élaborant sa stratégie sur une vérité inexacte. Préparons nos prochains mouvements en leur donnant l'apparence de ce qu'il veut y voir. Comment les Enfers seraient censés réagir, maintenant ?

- Ma foi, fit Samaël inspiré par ces propos, lorsqu'un ennemi des Enfers est sur le point de remporter la victoire, il se trouve toujours parmi les Neuf un archidémon qui se manifeste par une trahison bien sentie. Il est fort probable que Carnoth mise à présent sur un coup de main opportuniste pour déborder nos légions.





Commentaires


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11/01/2012 - http://www.cuinabo.com/
par breitling bentley

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19/01/2009 par seyshin

Non, moi je l'aime bien celle ci, c'est bien écrit, ça fait rêver, nickel.

16/01/2009 - Mouais...
par Hoys

J'ai moins apprécié celle-ci que les précédentes... moins consistante en infos, pas de moment où je me suis dit "ouaaaah", style moins accrocheur. C'est pas mauvais hein, mais un peu en dessous des autres si je puis me permettre.