Univers
C'est ainsi que cela commence... (1)
Une aube grise se levait sur la cité martyre de Magdeburg. Ceux de ses habitants qui avaient survécu erraient sans but, tels des spectres, le visage sali par la suie et par la crasse. Les chiens se disputaient la dépouille des morts en concurrence avec la soldatesque. Autour de nous, tout n'était que ruine et misère. Je progressais avec mon escadron au milieu de bâtisses calcinées, sur un pavage souillé de sang et de cadavres. La brise de l'aurore faisait virevolter la suie des restes brûlés de la cité hanséatique, obstruant notre vision, encrassant nos poumons. Dans une venelle en contrebas, une jeune fille succombait à grands cris à l'appétit charnel de ses tortionnaires. Ses parents se contentaient de la regarder, l'œil vitreux et la gorge tranchée. Je détournai le regard devant ce manège maintes fois répété.
Une sorte de lassitude m'envahissait, comme une impression de déjà vu. La nuit, les fantômes de mes victimes venaient me tourmenter. La cacophonie de leurs cris résonnait encore dans ma tête, hurlant, jurant, me maudissant. Puissent-ils aller se faire rôtir le cul en enfer ! Je n'ai fait que mon travail de soldat, rien de plus.
Mon chapel de fer réajusté, mon plastron et ma dossière resserrés, je m'allumai un bon gros cigare à l'abri du vent. Savourant les relents âcres du tabac mêlé à la poudre, je pris position sur le pinacle d'un temple dévasté. Mon regard dérivant dans le lointain, j'aperçus les coteaux de l'Elbe baignés par la lumière du petit jour et les feux des garnisons restées en garde sur la tranchée de circonvallation. Plus près de moi, aux marches de la ville, l'Elbe recouverte d'un linceul de brume, scintillait de mille feux. La lune mourrait peu à peu dans un ciel sale crevé d'un soleil rougeâtre. Dieu, par ta miséricorde, permets-moi de contempler à nouveau ton soleil. Là où je vais, Seigneur, je n'en garderai qu'un pâle souvenir.
Une porte s'était ouverte sur les Enfers. L'idée de me jeter dans l'antre du diable me terrifiait au plus haut point. Selon certains, ce portail démoniaque était le fruit de notre barbarie et de notre grandissante dépravation. Je ne savais pas quoi en penser, à vrai dire je m'en cognais un peu, vu la situation Toujours est-il que j'étais attendu à l'aube, non loin de la porte. J'allais enfin apercevoir la bête de mes propres mirettes.
Une entrée en force réglementaire avait été décidée par le Comte de Tilly, notre généralissime. On avait même poussé la fantaisie à exiger une tête d'indigène par soldat envoyé. Une vraie ballade de santé, je l'avais promis à mes hommes. Rien que du bonheur…
Le reste de la troupe nous attendait à deux rues de la porte, un tantinet agacé. La pluie s'était substituée au soleil, et de grosses gouttes crépitaient sur les morions et spallières des gardes en faction. Dieu nous pissait dessus, il devait avoir ses raisons. Je dois avouer qu'avant de danser avec Lucifer, une petite rétention de sa divine vessie n'aurait pas été de trop. Enfin….
À suivre…
Commentaires
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Super écriture, j 'aime beaucoup, c 'est brutal et sans concession.
