Figurines
Anna Bogna Pavlova
La mission était des plus abordables : récupérer un billet à l'intérêt stratégique sur la dépouille de son porteur. Lanzhär, notre seigneur démon, était formel sur ce point : cette lettre devrait être en notre possession quel que soit le prix à payer. Notre plan premier se révéla être un pitoyable camouflet. Notre vague d'assaut s'écrasa sous le tir nourri de leur convoi, comme une nuée de mouches sur un vitrail.
Le plan de secours avait déjà un parfum de perfidie bien plus digne de notre condition : on ne renaît pas damné par hasard, après tout ! Hardiesse et furtivité étaient les maîtres mots, le but étant de dérober le pli dans le « velours ». Deux malheureux furent tirés au sort, moi et un ancien sicaire byzantin nommé Maxence.
Nous nous faufilâmes entre leurs feux de camp. Le guetteur humain fut promptement égorgé, se répandant sur le sable dans un délicieux bruit de vomi. La tente de l'ordonnance repérée, nous progressâmes à pas de loup dans sa direction, évitant avec tact quelques soldats avinés.
Pénétrer dans le réduit de toile s'avéra un jeu d'enfant.
La lumière d'une bougie sur la fin éclairait par intermittence le visage d'un homme rongé par la vérole, sa tête enfouie au sein d'un gigantesque bras. La ribaude qu'il s'était dégotté n'était pas de premier choix : une grosse et grasse bonne femme velue, ronflant et terriblement démesurée !
Mon acolyte se rua vers le messager, son poinçon de sicaire bien en dextre. La pointe du poignard sur la carotide, la moitié du problème semblait résolue quand une patte « d'ours » se referma sur sa main !
La grosse dame éructa dans un étrange idiome puis tira violemment le bras de mon infortuné compagnon. Dans la seconde, elle l'étrangla avec tant de violence qu'un craquement sinistre se fit entendre. Jetant à bas la dépouille convulsée de l'assassin damné, elle mit la main sur la plus sinistre masse qu'il m'ait été donné de voir. Les yeux injectés de sang, la trogne crispée sous la fureur, sa nudité s'ajouta à l'horreur de la situation.
Étant de nature conservatrice, ma vie de damné me convenait parfaitement, et dans l'immédiat, sa prolongation était une de mes principales préoccupations. J'opérai hâtivement une retraite stratégique avec toute la puissance que me permettaient mes pauvres jambes, lorsque je tombai nez à nez avec une meute de braillards en armes. Force fut de constater que j'étais perdu : je me rendis donc la mort dans l'âme. Mais l'immonde bonne femme ne l'entendait pas de cette oreille, et seul l'officier permit d'éviter à ma tête d'être transformée en chou-fleur. J'ai en mémoire les traits déformés de son visage, son haleine alcoolisée, son odeur de sang séché enfin…
J'ai l'espoir, prêtre, que mes confessions feront cesser cette immonde Question, je ne le supporte plus. Après tout, ça ne fera que la deuxième fois que je péris dans les flammes d'un bûcher ! Ironique non ?
Un bretteur, Sara Zingaresce et Anna Bogna Pavlova.
Peinture et sculpture : Thomas David (sculpture du bretteur : Jacques Alexandre Gillois) - Illustration : Bertrand Benoit
Commentaires
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par Abu
Enorme !! et en plus elle tabasse sévère !!! Vive la grosse dame !
